Puymirol I love you

À un moment, dans les lacets qui montent à Puymirol, je me croyais dans le Vercors. Oui, je sais, j’ai beaucoup d’imagination, mais ça tournait sévère pour atteindre les cent cinquante-trois mètres d’altitude du « mont d’où l’on voit. »

Une fois le break familial garé en pente, j’arpentai des ruelles fleuries et peu animées jusqu’à me retrouver nez à nez avec la rue des Arcades et sa perspective enivrante. Époustouflé, ému pour ainsi dire, je pénétrai ces portes qui m’emmenèrent déboucher sur le plateau intra-muros de la bastide. En effet, en haut de tout, c’est plat, c’est une place plate traversée par une longue rue qui, bordée d’antiques maisons de pierre, redescend de chaque côté, direction Agen ou direction Cahors.

Assis sur une jardinière ronde comme on en trouve un peu partout, je peux contempler tout autour de moi les constructions qui ont fait de Puymirol la renommée : demeures de maîtres et de marchands ouvrant leurs arches sur la grand-place, hôtels plus ou moins particuliers aux riches ornements, façades de pierre taillée et toute une collection de lampadaires en fer forgés alignés le long des fenêtres.

“Puymirol, mon manège à moi c’est toi”

Mû par un puissant désir de transposer cette vision inspirante noir sur blanc sur mon carnet, je débouche mon marqueur et entreprends de détailler minutieusement, page après page, maison après maison, les trois cent soixante degrés d’architecture qui me font tourner la tête.

Puymirol, mon manège à moi c’est toi, et quand au bout d’un heure je rebouche le marqueur, je t’ai rendu à ma façon ce que tu m’avais donné ; tu m’as ouvert ton cœur, ô bastide secrète, j’ai gravé ton nom à grands traits sur le mien pour témoigner au monde de la beauté de ta silhouette.

Dessin de Puymirol

😳 You love Puymirol, you take it away

Penne d’Agenais sort du Lot

Déjà la route est belle. Vallons, détours, champs moissonnés aux meules éparses, mini-forêts… bâtisses cossues çà et là disséminées, fermes en pierre comme des cairns, quelques églises.

Et pourtant, ce trajet tout en chaleur et paille séchée ne m’avait pas préparé à l’atmosphère presque côtière du port de Penne. La bourgade, calme autant qu’animée, a de faux-airs de ces cités bretonnes qui semblent aux mains des touristes mais que les autochtones habitent, disons, à un autre niveau, plus discret et plus affirmé. Deux populations qui parcourent les mêmes rues, entrent dans les mêmes boutiques pour y vivre des émotions tellement différentes. La boulangerie-pâtisserie de Penne a tout de ces échoppes à public variable.

“Cette verticale cité médiévale, laquelle s’élève superbement telle une Babel agenaise”

Sous le pont, sur les quais de Lot, des vieux qu’on dirait pêcheurs s’invectivent et ça s’entend jusqu’à l’autre rive. Je le sais, j’ai traversé le pont qui mène à Saint-Sylvestre pour m’élargir la vue. Et donc, en dézoomant, lesdits pêcheurs se retrouvent écrasés par les imposantes demeures qui bordent la rivière, elles-mêmes surplombées par d’autres de ces façades de pierre aux balcons estivaux, jusqu’à l’église Saint-Pierre-ès-Liens et son impressionnant clocher carré.

En reculant encore, on découvre que le port n’est que le pied de cette verticale cité médiévale, laquelle s’élève superbement telle une Babel agenaise, tout en restant cachée à nos regards par une épaisse végétation. Seuls quelques toits de tuiles se dévoilent, quand on remonte la pente des yeux jusqu’à la basilique, faîte aussi majestueux qu’étrange avec son dôme scintillant que vu d’en bas on dirait un observatoire.

Je suis passé sur l’autre rive pour trouver le point de vue idéal pour dessiner. Un chemin longe le Lot en effet, mais des haies y ont été plantées côté rivière – et donc côté Penne d’Agenais – comme fait exprès pour qu’on ne puisse pas la voir, à la manière des propriétaires de chiens qui font du naturisme dans leurs jardins de banlieue. Heureusement, en continuant un peu, une trouée me laisse descendre sur un petit embarcadère, ou un débarcadère c’est selon, bref un ponton sur lequel je me suis installé pour contempler le Lot.

“Cent quatre-vingts degrés de fresque citadine”

Le père et le fils pêchant depuis leur canot, l’aviron faisant des allers-retours, à ma gauche la forêt pieds-dans-l’eau petit à petit dévorée par Penne, ou l’inverse, qui s’étale alors jusqu’au pont. Cent quatre-vingts degrés de fresque citadine que je m’empressai de coucher sur mon carnet en accordéon, que d’aucuns nomment Leporello, et qui se remplit peu à peu du souvenir ému de cette ville portuaire, inspirante et paisible qu’est Penne d’Agenais en Lot-et-Garonne.


😀 Vous en prendrez bien pour chez vous ?