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Brouillard sur Pont-en-Royans

Maisons suspendues de Pont-en-Royans

L’hiver m’a pris trop tôt. J’ai pas de raclette à glace dans les poches de ma voiture. Engoncé dans mes couches de lainages et le siège conducteur, je palpe les interstices à la recherche d’un objet plat et rigide capable de me débarrasser de cet opaque rideau tiré sur mon pare-brise. Peine perdue, on n’y trouve que quelques tickets de péage et un morceau de galette de riz qui ne feront pas l’affaire.

« Le genre de fumée immobile qui transforme tout ce qu’elle touche en décor de film fantastique belge. »

Sortant de l’habitacle pour en découdre avec mes seuls doigts déjà bien gourds, je pose la botte sur une canette aplatie. Une canette aplatie, providentiellement rangée sur le bas-côté de cette bretelle de campagne. Le distributeur le plus proche étant hors de portée, j’en conclus que c’est Dieu lui-même qui ne veut pas que je remonte me coucher. La vue désormais dégagée et le chauffage à fond, je prends donc la direction du Vercors.

Carnet de voyage Pont-en-Royans, récit de voyage Pont-en-Royans

Fait épatant, le mur blanc n’avait pas l’exclusivité de mes vitres et un brouillard solide m’attendait sur les routes sinueuses de la vallée de l’Isère. Le genre de fumée immobile qui transforme tout ce qu’elle touche en décor de film fantastique belge. Qui fige la vie. Qui laisse à l’imagination le soin de définir ce qui borde la route : est-ce une mer ? un précipice ? une métropole ?

Aucune trace, d’ailleurs, de ces montagnes qui barraient l’horizon lors de mes précédents passages. Était-ce une illusion, une vue de mon esprit ? Dans quelle jungle invisible suis-je donc en train de m’enfoncer ?

« Les constructions, non contentes de fleurer la rocaille, gagnent de la surface en surplombant le précipice tels d’aériens polders. »

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De l’autre côté du tunnel, la lumière est revenue. J’apprends que de magnifiques forêts s’étendent de ci, de là sur les collines du Royans. Je ne vois pas la montagne, je suis dans la montagne. Je suis la montagne.

La route s’enlace de plus en plus entre les ombres et les flaques de lumière. Un dernier virage et je descends sur Pont-en-Royans, la cité suspendue qui garde l’entrée du Vercors. Celle qui retient les voyageurs avant leur ascension, leur offrant un répit atypique et néanmoins charmant.

Dessin panoramique de Pont-en-Royans par Tchandra Cochet

Pont-en-Royans est la ville du vertige. Insérée par je ne sais quel miracle sous d’immenses falaises menaçant de s’écrouler, elle est elle-même perchée au-dessus du vide creusé par la Bourne. Tout y est vertical. Les constructions, non contentes de fleurer la rocaille, gagnent de la surface en surplombant le précipice tels d’aériens polders. Les ruelles sont d’étroits sentiers à flanc de paroi où on ne peut pas se croiser.

Penché moi-même sur mon dessin, je suis protégé de la chute par un épais muret. La rivière coule tout en bas. S’y reflètent les maisons suspendues, provocatrices, aventurières, revêches. Et biscornues.

Leporello de Pont-en-Royans par Tchandra Cochet

Quelle est donc cette ville sortie du brouillard, qui défie la gravité et répond aux montagnes ? Est-ce un rêve ? Un Walhalla ? Un film de Miyazaki ?


Un peu de Pont-en-Royans à domicile ?

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